
Un siècle de vie sur terre, c’est la belle histoire de ma mère, Simone, qu’elle aime à raconter à ses descendants et ce, avec sa mémoire phénoménale. Quelle chance pour nous, ses enfants de l’avoir à nos côtés pour partager son vécu et son évolution d’hier à aujourd’hui. Je vous raconte...
Simone nait le 12 avril 1926, fille de Wilhelmine Pelletier et de Omer Lebrun. La maison familiale est située au 4e rang Ouest de notre paroisse où demeure présentement son neveu Jean-Claude Lebrun fils de Léopold. À 6 ans, elle perd son père de la fièvre typhoïde, sa mère très malade survit à cette épidémie. Elle devient alors veuve avec 8 enfants à sa charge.
Dans ces temps-là, pas d’aide sociale ni de chômage, son frère aîné Léopold âgé seulement de 14 ans épaulé par son jeune frère Jérôme travaillent pour subvenir aux besoins de la famille. Sa mère lui apprend la couture et la débrouillardise. “Faire bien et beaucoup avec rien”.
Très jeune, Simone travaille à la ferme et aide ses frères à fendre le bois. Elle aime raconter cette petite anecdote : “Un jour je descends le “Coteau Malin“ dans une charrette remplie de foin lousse, tirée par un poulain vigoureux, les deux pieds accotés dans le fond de la charrette. À l’époque le coteau était plus abrupt. La charrette a failli verser, j’ai eu très peur.”
À l’âge de 17 ans, Simone travaille au couvent des sœurs à Saint-Pascal (maintenant la Polyvalente), pour un salaire annuel de 39, $. Elle aime à dire que cela lui a permis de se procurer un manteau, une robe et une paire de souliers. Par la suite, elle sera “la fille engagée” de M. Albert Dionne (là où réside Rock Dionne, 4e rang Ouest). À l’époque, Lucien Dionne, son futur mari, demeurait dans la maison de biais où réside maintenant sa fille Marielle. Lucien, ayant perdu sa mère à l’âge de 9 ans est élevé par ses sœurs : Éva et Marie-Anna.
C’est lors d’une soirée d’élection que Lucien la courtise pour la première fois. Les fréquentations sont très surveillées à l’époque, pas de becs ! Je lui demande alors comment tu as su que Lucien s’intéressait à toi, elle répond : “il s’est assis à côté de moi”. Après quelques années de fréquentations, il se marient le 30 juillet 1947.


Ils demeurent quelques années au village (maison de M. Arthur Dionne) puis achètent une petite fermette dans le rang 4 (maison de M. Martin Beaulieu). C’est là qu’elle donne naissance à ses aînés Gaston et Gaétan. En 1956 qu’ils acquièrent la ferme de M. Joseph Émond où elle réside jusqu’à la fin de sa vie.
Dans le temps, on accouchait à la maison, avec l’aide de sa mère et de ses tantes. Elle dit même : “le médecin prenait une broche à tricoter pour percer la poche des eaux”.
Lors de la grossesse de son 9e enfant, elle est transportée à l’hôpital de Montmagny par le Dr Boulanger avec l’aide de son épouse, car elle a eu un saignement dans l’utérus. Le lendemain le bébé nait mais décède à la naissance. Il est ondoyé et baptisé “Pierre”. Elle dit : “si c’était aujourd’hui, il aurait survécu”. Simone ayant perdu beaucoup de sang, c’est un de ses neveux, dont le sang est compatible, qui permet la transfusion. Dans ce temps-là, aucun moyen d’empêcher la famille de plus, c’était “un péché”.
Malgré cette épreuve, Simone remercie souvent la vie de lui avoir donner la santé et la capacité de bâtir une grande famille. Pour elle, donner naissance c’est la plus grande richesse de la vie. Quelle sagesse ! En plus de ses enfants biologiques, elle adopte Roger le fils de sa belle-sœur Lucienne. Celle-ci étant décédée d’un cancer du sein.
Simone travaille sans arrêt, levée tôt le matin, faire pour la traite des vaches, elle s’active jusqu’à tard le soir. Dans le temps, faire la lessive était une corvée ! Chaque semaine et ce pendant 60 ans, jusqu’au décès de mon père, elle boulange une douzaine de pains qu’elle fait cuire dans un four à l’extérieur.
Simone travaille dur et sans arrêt, mais surtout avec cœur. L’été elle sème un grand jardin entouré de fleurs. Elle récupère de vieux vêtements, qu’elle taille puis tisse au métier. Elle tricote bas et mitaines, fait de la couture et des patrons de robes avec des journaux. L’automne, c’est le temps des récoltes et de faire boucherie. Le printemps, Lucien et ses frères partent à la cabane à sucre à Saint-Athanase pour un mois, elle lui prépare des pâtisseries. Pendant qu’il est parti, elle doit s’occuper de la marmaille et de la besogne avec l’aide des plus vieux qu’elle responsabilise jeune, chacun a sa tâche.
Avec les années, l’ouvrage ne diminue pas. La maison est toujours pleine. La fin de semaine les plus vieux viennent avec leur famille souper ou dîner le dimanche. La maison remplie d’enfants qui crient, rient et se chamaillent. Simone rayonne ! Elle dit : “ils ne peuvent rien briser, il n’y a rien de luxueux ici”. Elle adore les chats, elle en a eu jusqu’à 5 à la maison et s’en occupe à merveille. Elle les baptise tous “ti-Mine”.
Simone est une merveilleuse maman et grand-maman, une épouse dévouée qui a toujours soutenu mon père. Femme d’une grande patience elle ne crie “JAMAIS” et ne se plaint “JAMAIS”.

Les enfants devenant plus autonomes, elle s’implique alors dans des organismes tels que : “Les femmes chrétiennes”, “Le cercle des Fermières”, “L’âge d’or”. Elle chante également dans la chorale de l’église le dimanche. Elle aime chanter. Sa mémoire est phénoménale, elle connait par cœur de vieilles chansons telles que : “L’Adieu du soldat” et “L’Héritage de mon père”. Pour elle, les paroles de cette dernière sont significatives. Je cite : “mon père m’a donné en héritage très peu de biens. Il m’a donné foi, santé et courage”. Simone déclare : “c’est ça mon héritage, j‘ai eu la capacité et la santé d’élever une grande famille”.
Graduellement Simone s’émancipe ! Maintenant quand on lui demande son nom au téléphone, ce n’est plus “la femme à Lucien” mais “Simone”.
En 1997, le destin frappe de nouveau. Son fils Bertrand possédant la ferme et voisin de chez-elle décède d’un cancer du poumon à seulement 41 ans laissant sa conjointe et ses 3 enfants. Une épreuve difficile pour tous !
Puis surviennent quelques ennuis de santé, fracture de la hanche à 85 ans, implantation d’un pacemaker à 89 ans (remplacement de la batterie à 97 ans), en passant par la COVID. Simone surmontera le tout comme une championne. C’est une force de la nature ! Résistante il n’y a rien à son épreuve. Elle se considère même chanceuse, car elle a de nombreux enfants pour prendre soin d’elle et lui permettre de rester dans sa maison avec son fils Sylain.
Sa descendance est nombreuse, mère de 14 enfants, grand-mère de 25 petits-enfants et 26 arrière-petits-enfants. Elle est pour eux une source d’inspiration par sa force de caractère et sa foi en la vie. Toujours contente de les voir en personne ou par Face Time, bien qu’elle ait de la difficulté à comprendre le principe. Elle nous fait bien rire, car elle change parfois des mots. Par exemple quand elle dit : “les jeunes d’aujourd’hui sont toujours sur leur alternateur” au lieu de dire ordinateur.
Chère MAMAN, nous sommes tous là grâce à toi et ton désir de donner la vie. Merci pour ton amour, ta bonté, ton don de soi, ta grande générosité, ton instinct maternel infaillible et ton inaltérable présence. Il y a tant de souvenirs qui habitent nos esprits et nos mémoires qu’il nous faudrait des milliers de pages pour les raconter.
Simone a eu 100 ans le 12 avril dernier. Son esprit est toujours vif comme une flamme mais son corps refuse de la suivre. Il est épuisé !
J’ajoute ces quelques lignes car Simone nous a malheureusement quittés, le 18 avril pour aller se reposer après une vie bien remplie.
Repose en paix douce et tendre Simone, tu le mérites bien après un siècle de vie !!!
De ta fille Sylvie, je t’aime maman xxx