Passer l’hiver dans le nord

Guylaine Saint-PierreCommunauté12 janvier 2026132 Vues

Une amie qui a passé les dix derniers hivers dans le sud m’a expliqué l’autre jour qu’elle voulait maintenant profiter de l’hiver québécois. L’éloignement répété pendant la saison froide lui a permis de comprendre ce qui lui manque sous les palmiers. Quand l’automne s’efface, le village change de rythme. Les premiers flocons ne sont pas qu’un signe de froid : ils annoncent une saison qui impose ses règles. Les champs se couvrent de blanc, les sons et les odeurs s’atténuent, et le quotidien prend une autre cadence.

Un matin de janvier, on sort tôt. Le souffle se dessine dans l’air sec, et le bruit des pas sur la neige est presque métallique. Le silence qui nous enveloppe a quelque chose d’apaisant. On croise des voisins, pelle à la main, qui nous saluent avant de reprendre leur tâche. Ici, l’hiver est aussi une affaire de solidarité : un coup de main pour dégager une entrée ou pousser une voiture fait partie des habitudes.

Quand les obligations sont réglées, la saison invite à des gestes simples. Mettre des raquettes et suivre le sentier, glisser sur la patinoire ou s’arrêter au bord de la rivière gelée pour écouter le silence… Ces moments sont des façons de s’approprier l’hiver. Même les activités comme la motoneige, s’inscrivent dans cette logique : explorer un territoire qui se révèle autrement.

À midi, on cherche la chaleur d’un repas. Un plat chaud, un café fumant, et la sensation de retrouver ses forces avant de replonger dans l’air vif. Le soir, la maison est accueillante avec sa lumière douce et l’arôme du souper qui mijote. Dehors, la neige continue de tomber, silencieuse. On sait qu’il va falloir pelleter demain, gratter le pare-brise, composer avec les caprices du climat. Mais pour l’instant, l’hiver se vit à l’intérieur, dans la lenteur et la simplicité.

Les activités du village ajoutent une dimension collective. Un tournoi de hockey, une randonnée nocturne ou un souper communautaire sont autant d’occasions de se réunir malgré le froid. Ces événements créent des espaces où l’on partage la saison. L’hiver à Saint-Bruno-de-Kamouraska n’est ni idyllique ni hostile. Il est exigeant, parfois imprévisible, mais il nous apprend à composer avec le climat, à trouver du sens dans des gestes simples. Ceux qui l’acceptent découvrent une saison qui, loin d’être monotone, offre des expériences variées, entre effort, adaptation et moments de calme.

Quand elles découvrent nos hivers, les personnes venues d’ailleurs n’en reviennent pas de la taille de nos déneigeuses, de notre habitude d’avoir des provisions d’avance à la maison, de notre désir d’aller marcher pour le plaisir quand il fait moins dix degrés, des vêtements que nous portons en plusieurs couches. Pour ceux qui ont toujours vécu ici, ces réalités n’ont rien d’exceptionnel. Le contraste entre les saisons et l’obligation d’adaptation qu’il entraîne nous rend attentifs à notre environnement.

Quant à mon amie qui ne souhaite plus jouer les snowbirds, elle s’est racheté un habit de neige et des raquettes, et elle compte bien redécouvrir les sentiers forestiers et le chant des mésanges, armée de son appareil photo. Je lui souhaite, ainsi qu’à vous, lectrices et lecteurs du Trait d’union, bien des joies hivernales ainsi qu’une bonne et heureuse année 2026.

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