
Imaginez la scène : des milliers de personnes rassemblées dans un amphithéâtre, prêtes à bondir au moindre appel. Non, ce n’est pas un concert rock… c’est une soirée de bingo au Québec dans les années 1970.
Oui, le bingo a déjà été l’un des loisirs les plus populaires de la province.
Le bingo n’est pourtant pas né ici. Il descend d’un ancêtre italien, le loto, inventé au 16e siècle, puis revisité aux États-Unis dans les années 1920 sous le nom de « Beano », parce qu’on y jouait avec des haricots secs (des « beans »).
Le principe est simple : quelqu’un pige des numéros et les joueurs espèrent réaliser une combinaison précise avant tout le monde et, bien sûr, crier « Bingo! » au bon moment.
Les figures à réaliser varient selon les parties, ce qui ajoute du piquant au jeu. La forme la plus classique est la ligne – horizontale, verticale ou diagonale. Mais il existe aussi des configurations plus originales : la carte pleine, le X, le E, le H, le Z ou des motifs plus créatifs encore.
Chaque nouvelle partie apporte son défi et maintient l’attention des participants.
Au Québec, le jeu commence plutôt mal sa carrière. Longtemps, il est mal vu par l’Église catholique, qui considère les jeux de hasard comme des activités peu recommandables.
Mais retournement de situation dans les années 1960, avec la Révolution tranquille, les églises commencent à manquer d’argent. Et devinez quoi ? Elles adoptent le bingo pour renflouer leurs coffres.
Moralité : même les institutions les plus strictes savent s’adapter… surtout quand il y a des factures à payer.
Très vite, le bingo devient un phénomène social. Dans les années 1960 et 1970, c’est la sortie hebdomadaire par excellence, surtout pour de nombreuses femmes. On s’y retrouve pour jaser, rire… et parfois gagner quelques prix.
Le succès est tel qu’on organise des bingos géants dans des lieux mythiques, comme le Forum de Montréal, où des milliers de joueurs y participent en même temps.
Imaginez la tension dans la salle : un silence total… puis un « BINGO! ».
Sensations fortes garanties, sans même bouger de sa chaise.
Mais comme toute bonne histoire, il y a un rebondissement. À la fin des années 1970, des scandales liés à la gestion de l’argent éclatent. Résultat : Loto Québec prend le contrôle du bingo, impose des règles strictes et le confie uniquement à des organismes sans but lucratif.
Le bingo joue alors un rôle important dans le financement communautaire. De nombreuses organisations tiennent des soirées de bingo pour amasser des fonds. Les profits générés permettent de soutenir des activités locales, d’entretenir des bâtiments ou d’aider des personnes dans le besoin. Ainsi, les joueurs contribuent à une bonne cause, ce qui rend l’expérience encore plus significative.
À partir des années 2000, le bingo perd de sa popularité. Les coupables ? Les jeux en ligne, entre autres, qui offrent des distractions plus rapides et accessibles. Ajoutez à cela l’augmentation du coût des salles et l’interdiction de fumer en 2006 (un coup dur pour plusieurs habitués), et la fréquentation chute considérablement.
Aujourd’hui, le bingo a perdu son statut de phénomène de société, mais il garde ses fidèles. Pour certaines personnes, ce jeu est une véritable passion. L’excitation de repérer un numéro sur sa carte, le silence attentif qui précède une annonce, puis l’explosion de joie lorsqu’on gagne – tout cela crée une ambiance unique.
Au-delà de l’aspect ludique, c’est souvent un sentiment d’appartenance qui attire les joueurs. Le bingo brise l’isolement et rassemble les générations tout en offrant un moment de détente.
Tout compte fait, le bingo est bien plus qu’un jeu de chiffres et de hasard : c’est une activité rassembleuse qui fait vibrer le cœur des communautés.
Et qui sait ? Peut-être serez-vous la prochaine personne à afficher un large sourire et à lever la main en criant « Bingo ! ».
Sur ce, lectrices et lecteurs du Trait d’union, je vous souhaite un été débordant de soleil et de rires en excellente compagnie.